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Des nouvelles pas très gaies parce que ça arrive de naître pas très gai...
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La mini-jupe rose (6 juillet 2007)
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Des chroniques portugaises en versions françaises et portugaises traduites par Ethy'.
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Pas maintenant Antonio ! (30 septembre 2007)
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Secouez-moi pas !!! (15 juin 2007)

   

Résumé des épisodes précédents...
   

Elle3.jpgElle est rentrée à cinq heures du matin, presque deux nuits entières sans elle.

 

Je dormais, couché sur le dos, mais son pas a fait le bruit de quelqu'un qui essaye de ne pas faire de bruit. Il m'a réveillé. Je l'ai écoutée qui prenait une douche. Je n'ai pas bougé, elle s'est glissée nue dans le lit, elle avait les cheveux humides, elle ne les sèche jamais, ça éclaircit les rêves, dit-elle. Elle a mis son visage sur ma poitrine, je sais qu'elle aime ça et qu'elle sait que j'aime ça, elle a dit, c'est bien là qu'on est le mieux. J'ai senti les larmes envahir mes yeux. J'ai respiré lentement son odeur, puis je lui ai demandé, tu as envie de faire l'amour, elle a un peu bougé, elle a secoué doucement la tête et m'a dit, non merci monsieur, puis elle a eu l'air de s'effondrer limpidement dans un marasme ensommeillé.

 

Je n'ai pas pu me rendormir, au matin mon épaule était endolorie de son abandon cruel.

 

J'ai mis un temps infini à me dégager sans la réveiller. J'ai pris une douche, je suis revenu pour lui dire que je partais travailler. Elle dormait profondément, alors je l'ai regardée dans un instant paisible. J'ai vu qu'elle avait une paupière bleuie et le côté de la lèvre tuméfié, des restes de traces de sang séché sous les narines. Je suis parti en silence.

 

Maintenant il est bientôt minuit, je ne suis pas rentré, je ne l'ai pas appelée, je suis encore à me perdre dans mes angoisses. Et à la chercher dedans...


par Minuitdixhuit
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Du temps que j'étais montreur d'Ours, Monsieur, il y avait cette gitane qui dansait jambes nues sur le pavé des places. Son nom, si je ne l'ai jamais su, s'est effiloché dans les brumes de mon temps à présent écoulé. Ou peut-être s'est-il dissout dans l'amertume de mes renoncements. Mais quand sait-on qu'un remords va poindre ? Moi j'étais sincère, du moins de cette sincérité qui me faisait croire fier, libre, digne et sans doute, je ne me rappelle plus, Homme. Mais les saisons passant, de ma vie il ne reste plus que la trame, les détails ont fané, je les distingue à peine. Et les hommes et les âmes ont changé et je sais maintenant que je ne valais pas plus que l'insoluble écoulement du temps qui me laissait fuir d'entre ses nasses, comme quelque grain de sable, comblant de vacuité ma propre peine.
Voilà, c'est cela, le temps m'a donné du sable, et ma vie s'est payée de ce sable, une monnaie équivalente à tous, qui s'est amoncelé inévitablement pour former ce monticule, d'abord imperceptible, puis qui est devenu mon refuge et qui maintenant m'ensevelit.
Du grincement aigu de sa crécelle, du battement sourd de son tambourin, de la plainte lente de sa mélodie il ne me reste bientôt plus que l'illusion d'une musique.
De ses longues boucles brunes qui dévalaient sur ses épaules nues, de son calicot blanc, de sa large jupe de sang rouge et de ses pas de danse infiniment graciles, il ne me reste bientôt plus qu'un instant, et pourtant bien plus que tout ce temps à vivre après.
Esmeralda.jpgJe l'ai vue, je l'ai aimée de ce que je croyais être l'amour. Mais je sais maintenant que, si ce mot existe, c'est un mot insensé. Je n'étais pas aveugle à croire que ses pas ne danseraient que pour moi, que ses chants n'envoûteraient que mon âme, que ses boucles ne se prendraient que dans mes doigts. Et d'autres le savaient aussi. Mais moi, je restais à dormir avec mes Ours, et ils s'amoncelaient. Et dans mes rêves elle dansait, et j'en dansais dans mes propres rêves.
Ils sont venus avec leurs croix tendues, et mes Ours en furent effrayés.
Ils l'on prise, ils l'ont battue parce qu'elle ne marchait pas à leur goût, parce qu'elle était putain, parce qu'elle était gitane, parce qu'elle était femme, parce qu'elle était libre.
Aux premières violences sa chemise s'est ouverte, aux secondes sa robe s'est déchirée, aux suivantes sa tempe a saigné, et puis elle est tombée.
Ils l'ont traînée, ils l'ont déshabillée, ils l'ont retournée et puis ils l'ont souillée. Pas un instant ses yeux n'ont supplié une grâce, une pitié, une aumône d'humanité. Et quand chacun eut assouvi son infâme besognement, ils la laissèrent là, saignante, sur le pavé où l'on danse. La lumière infime de la lune les a éteints lentement qui s'estompaient déjà, rajustant leurs brais dans les insultes, les ricanements et les crachats.
Elle, la Lune, ma Lune, déesse des gitanes et des acrobates, là haut perchée et qui nous protège depuis si longtemps, n'avait pas, un seul instant, frémi dans son regard. Alors, moi, le saltimbanque, le marionnettiste, que fallait-il que je fasse ? Que je réveille mes Ours peureux des hommes, pour m'aider à la secourir ? Que je tire les ficelles de mes fragiles Marionnettes pour les bastonner ? Ne riez pas ! Ou alors riez de moi, du moins que moi, de ce que je suis, de ce que je suis si peu. Quelle est la dimension du courage ? Quelle est la dimension de l'amour ? Quelle est la dimension de ma honte ?
Je me suis approché d'elle avec un petit gobelet de fer à moitié rempli de l'alcool promis à mes Ours et du fardeau de plomb de mon âme sans âme, gravée de lâcheté. Elle a relevé le visage, sa bouche saignait, elle m'a souri de l'eau de ses yeux que seules les femmes fragiles, toutes les femmes, savent donner.
Elle a trempé ses lèvres douloureuses, dans une grimace. Et puis le plus vieux de mes Ours, parcouru d'un cauchemar, a agité ses sonnailles et elle a ri à les entendre. Voilà les hommes, m'a-t-elle dit, et leur secours. Ce qui m'est arrivé m'arrivera. C'est ma vie de gitane, de femme et de danseuse. Puis elle a rajusté ses habits, rassemblé son baluchon, et les pieds nus, traversé la place, comme on passe un autre jour de sa vie. Elle s'est retournée, un instant, comme pour un signe, puis elle a disparu.
Du temps que j'étais montreur d'Ours, Monsieur, il y avait cette gitane qui dansait jambes nues sur le pavé des places. Au matin des serviteurs ont nettoyé le sang des pierres. J'ai réveillé mes Ours, chargé mes Marionnettes, et nous avons marché. Ma route ce jour là, je le savais, devait être plus longue qu'à l'habitude, jusqu'au seuil d'aujourd'hui.
Et je vous connais bien, Monsieur, vous avez été longtemps mon triste compagnon. Maintenant il est tard, prenez mes Ours par leur anneau de rêve, prenez mes Marionnettes par leur vie de ficelle et laissez moi partir enfin en paix. Je suis un vieil homme à présent, à l'avenir usé. Laissez-m'en finir de mon remords.
par Minuitdixhuit
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A-A-copier.jpgJorginho nous sourit de toutes ses dents en déballant son cadeau. Et elles sont blanches ses dents ! A quinze ans il est rayonnant de santé et dans la pleine vigueur de son adolescence. Il est bientôt plus grand que moi ! Et chaque fois que je le retrouve, il est plus grand encore. De quatre centimètres cette année, m'avait écrit sa mère.

A vrai dire, je suis presque jaloux de sa santé. La mienne, malgré tous les progrès de la science occidentale est bien piteuse à côté de la sienne. Lui qui, de sa vie, n'a vu qu'une seule fois un médecin !   

Jorginho vit avec sa mère, Maria de Céu, et ses deux petites sœurs, Luzia et Mirita dans le petit village de Bailundo, à environ deux cent cinquante kilomètres au sud-est de Luanda. Comme chaque Noël, depuis six ans maintenant, avec ma compagne, nous abandonnons Lisbonne à ses fêtes sans neige pour passer quelques jours avec Jorginho, sa mère et ses deux petites sœurs au soleil d'Angola. Et nous venons avec quelques cadeaux en remerciement. 

A trente ans, Maria de Céu est encore jeune et belle malgré les épreuves. Nous lui avons apporté un parfum français et quelques outils pour retourner le jardin qui nourrit la petite famille. Luzia travaille très bien à l'école. Nous avons amené pour elle des romans d'Antonio Lobo Antunes et, comme elle est adroite des ses mains, des coupons de tissus vert et jaune et tout un nécessaire de couture. Elle vêtira toute la famille de ses doigts de fée. Mirita est encore bien petite. Elle joue toujours à la poupée mais s'occupe avec attention des poules et des lapins. Elle aura une petite dînette en aluminium et une paire de bottes en caoutchouc. 

Jorginho, l'homme de la famille maintenant que la guerre est finie, garde les chèvres et leurs cabris dans la colline derrière la petite baraque de terre, de tôles et de branches qui bruisse à présent des rires de tout notre petit monde joyeux de retrouvailles. 

Il y a dix ans à peine, tous les jours, de bonne heure, il poussait, avec Hachipo son père, leur petit troupeau sur le sentier vers la prairie des collines. A présent, nous suivons ensemble ce chemin, chaque matin tranquille de notre séjour. Mais je ne peux pas le porter comme le faisait son père alors. Il est tellement grand maintenant. Il a grandit de vingt-deux centimètres depuis que je le connais. 

Et puis ce cabri s'est échappé et Hachipo, Jorginho sur les épaules, a voulu le rattraper dans les épineux. La mine a explosé. 

Dans une boîte en carton que nous ramenons chaque année d'Europe, il y a la nouvelle prothèse de Jorginho. Il grandit tellement vite. Mais une jambe de bois ça ne grandit pas. 

Même sur le chemin de la paix.

 

par Minuitdixhuit
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Universal-Pizza-copier.jpgJe n'arrive pas à croire en Dieu. Je n'arrive pas à me convaincre de croire en Dieu. Mais je crois à la sincérité de ceux qui apprennent un chemin dans une spiritualité inspirée - pourquoi pas ? - d'un Dieu. Je crois ainsi en la prière. Que chacun la fasse à sa manière vers le Dieu qu'il entend, qui l'entend, choisi parmi ceux qui restent encore, ceux qui ne sont pas morts. 

Pour ma part les prières que j'adresse me sont destinées. Non pas que je me prenne pour Dieu ou une sorte de Dieu, mais plutôt parce que je pense être le mieux placé ou du moins le plus disponible pour m'écouter, voire m'exausser : je te prie d'être courageux, je te prie de te lever et de marcher… Et voilà que le miracle s'accomplit, je cesse de rêver, me lève, marche et me rends jusqu'à mon bureau où m'attend si ce n'est la vie éternelle, du moins le directeur du personnel… 

J'en étais là de mes réflexions, déambulant à l'heure du déjeuner, sur le parvis de cet immense centre d'entreprises cerné d'imposants buildings et parcouru par les grandes enjambées des bataillons de businessmen cravatés et uniformément pressés, par les menus trottinements des gynécées de secrétaires de direction parfumées et uniformément sexy et par les nonchalantes migrations des troupeaux de touristes en bermuda et uniformément perdus quand je fus soudainement surpris par une étrange cérémonie : sommairement assis sur les rudes degrés de granit gris d'un monumental escalier, un homme robuste et jeune, mais je le distinguais encore mal, semblait abandonné dans une prière intense. Je m'immobilisais pour l'observer discrètement tant sa foi apparaissait profonde. Il était vêtu d'une tunique et d'une toque vert et rouge et d'une sorte de sarouel des mêmes couleurs, à la manière du Vaudou haïtien ou de la Macumba angolaise. Il avait porté ses mains en conque sur ses oreilles comme pour s'abstraire du monde temporel comme le font les mahométans des îles Moluques. Son front hochait rythmiquement, sans doute quémandant un grand pardon, tel un israélite au Mur des Lamentations. Ses lèvres moitié closes psalmodiaient par instant une prière qui, bien qu'incompréhensible, me suggérait celle des moines bouddhiques du monastère de Kopan. Ses yeux tournés vers le ciel semblaient, en roulant, implorer une grâce divine dans une extase me rappelant la piété des regards des religieuses de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Devant lui, quelques boîtes aux couleurs multicolores étaient disposées sans doute en offrande à Shiva, Parvati ou Ganesh. Je restais fasciné par tant de spiritualité. Etonné également par l'indifférence de tous ces passants qui traversaient le cercle de son aura sans même porter ne serait-ce qu'un regard sur lui, comme s'il n'existait pas à leurs yeux, comme s'il était immatériel et je me surpris soudainement à comprendre que par une volonté que j'imaginais céleste, peut-être extra-terrestre, voire divine, j'étais le seul à le percevoir. C'est donc avec la plus grande prudence et la plus grande humilité que je mis le pied dans son espace d'inclusion spirituelle. Sans me voir, l'homme se releva lentement, sans doute sa prière avait-elle abouti. Debout, il dégagea ses oreilles pour réapparaître au monde. Du pouce il pressa le bouton rouge du téléphone portable qu'il tenait dans sa main droite et qu'il rangea dans sa poche puis se pencha pour ramasser les boîtes. Sur son dos était écrit en lettres dorées "Universal Pizza". Il reprit sa marche d'un pas assuré.
Il avait appris le chemin.

 

par Minuitdixhuit
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