Elle est rentrée à cinq heures
du matin, presque deux nuits entières sans elle.
Je dormais, couché sur le dos, mais son pas a fait le bruit de quelqu'un qui essaye de ne pas faire de bruit. Il m'a réveillé. Je l'ai écoutée qui prenait une douche. Je n'ai pas bougé, elle s'est glissée nue dans le lit, elle avait les cheveux humides, elle ne les sèche jamais, ça éclaircit les rêves, dit-elle. Elle a mis son visage sur ma poitrine, je sais qu'elle aime ça et qu'elle sait que j'aime ça, elle a dit, c'est bien là qu'on est le mieux. J'ai senti les larmes envahir mes yeux. J'ai respiré lentement son odeur, puis je lui ai demandé, tu as envie de faire l'amour, elle a un peu bougé, elle a secoué doucement la tête et m'a dit, non merci monsieur, puis elle a eu l'air de s'effondrer limpidement dans un marasme ensommeillé.
Je n'ai pas pu me rendormir, au matin mon épaule était endolorie de son abandon cruel.
J'ai mis un temps infini à me dégager sans la réveiller. J'ai pris une douche, je suis revenu pour lui dire que je partais travailler. Elle dormait profondément, alors je l'ai regardée dans un instant paisible. J'ai vu qu'elle avait une paupière bleuie et le côté de la lèvre tuméfié, des restes de traces de sang séché sous les narines. Je suis parti en silence.
Maintenant il est bientôt minuit, je ne suis pas rentré, je ne l'ai pas appelée, je suis encore à me perdre dans mes angoisses. Et à la chercher dedans...

Je l'ai vue, je l'ai aimée de ce que je croyais être l'amour. Mais je sais maintenant que, si ce mot existe, c'est un mot insensé. Je n'étais pas aveugle à croire que ses pas ne
danseraient que pour moi, que ses chants n'envoûteraient que mon âme, que ses boucles ne se prendraient que dans mes doigts. Et d'autres le savaient aussi. Mais moi, je restais à dormir avec mes
Ours, et ils s'amoncelaient. Et dans mes rêves elle dansait, et j'en dansais dans mes propres rêves.
Jorginho nous sourit de toutes ses
dents en déballant son cadeau. Et elles sont blanches ses dents ! A quinze ans il est rayonnant de santé et dans la pleine vigueur de son adolescence. Il est bientôt plus grand que moi ! Et
chaque fois que je le retrouve, il est plus grand encore. De quatre centimètres cette année, m'avait écrit sa mère.
Je n'arrive
pas à croire en Dieu. Je n'arrive pas à me convaincre de croire en Dieu. Mais je crois à la sincérité de ceux qui apprennent un chemin dans une spiritualité inspirée - pourquoi pas ? - d'un Dieu.
Je crois ainsi en la prière. Que chacun la fasse à sa manière vers le Dieu qu'il entend, qui l'entend, choisi parmi ceux qui restent encore, ceux qui ne sont pas morts.